23 octobre 2001
Le billet de Serge
En
faisant revenir Valérian et Laureline sur notre bonne vieille Terre
contemporaine, Pierre Christin et Jean-Claude Mézières renouent avec quatre
des meilleurs épisodes de la série, soient les deux diptyques Métro
Châtelet direction Cassiopée/Brooklyn
Station Terminus Cosmos et Les
spectres d’Inverloch/Les foudres
d’Hypsis. De nombreux rappels au cours de cette histoire renvoient
d’ailleurs le lecteur à ces titres. Mais le lecteur familiarisé avec la saga
ne manquera pas de remarquer que Pierre Christin va bien au-delà des simples
retrouvailles avec les personnages qui apparaissaient dans ces albums : il
s’autocopie en reprenant, à quelques détails près, la même trame de récit,
les mêmes ressorts ! Cette fois c’est la société Vivaxis qui veut se
lancer dans les manipulations génétiques dans le but de fabriquer des clones
en puisant dans l’ADN de quelques célébrités du monde sportif et du show
bizz. Au grand dam de Dieu et de son farfelu de fils qui rechigne à redescendre
sur Terre. Du coup Sat, l’archange déchu, voit dans cette affaire
l’opportunité pour venir y mettre aussi son petit grain de souffre... Si cet
épisode se lit certes sans déplaisir (d’autant que l’énergie de J.C. Mézières
reste intacte d’un bout à l’autre de l’album), difficile en revanche de
faire abstraction de cet entêtant parfum de «déjà lu»... Pour les fans de
Valérian, signalons que le Dossier de la BD (DBD n°12) qui vient de paraître
est justement consacré à Mézières, qui, selon la formule habituelle, se prête
à un entretien (riche en anecdotes sur son parcours) assorti d’une généreuse
iconographie.
VALERIAN
T.18 : Par temps incertains
Pierre CHRISTIN & Jean-Claude
MEZIERES
Dargaud
|
|
Deux
nouveautés pour la collection «Poisson Pilote» : les frères Le Gall récidivent
avec d’autres petits contes noirs tout en ombres chinoises. Si le premier tome
(La fin du monde) m’avait littéralement
emballé l’an dernier, celui-ci m’a fortement déçu : seule une petite
poignée de gags se hisse au niveau du premier opus. Si l’on peut reprocher à
certains auteurs de laisser leurs lecteurs des années en carafe après les
avoir sérieusement appâtés (Vicomte, Loisel, Yslaire et quelques autres...),
il en est d’autres qui produisent plus vite que leur ombre en oubliant de
peaufiner un tant soit peu leur scénarii et c’est dommage... C’est aussi le
cas de Joann Sfar qui aligne un nombre impressionnant d’albums chaque année,
soit en assurant «la totale» (scénario et dessin), soit en écrivant pour
d’autres dessinateurs (Guibert, Blain, Munuera, David B.), dont le graphisme
s’avère souvent plus expressif et plus séduisant. Le départ de cette
nouvelle série rappelle un peu l’univers poétique et humoristique de Fred.
Mais là où le père de Philémon fait preuve de suite dans ses idées
narratives et d’une constante inventivité avec, en prime, d’époustouflantes
mises en page, d’étonnants cadrages, Johann Sfar se contente d’aligner
selon le principe du gaufrier six vignettes aux contours vagues à chaque
planche tout au long de cet album sans jamais parvenir à susciter la moindre émotion,
le moindre émerveillement ou le moindre sourire.
PETITS
CONTES NOIRES T.2 : La biologiste n'a pas de culotte
Pierre & Franck LEGALL
LE MINUSCULE MOUSQUETAIRE T.1 :
L'académie des beaux-arts
Joan SFAR
Collection
Poisson-Pilote, Dargaud.
|
|
Voilà
un titre en parfaite adéquation avec l’ouverture imminente des portes des
collèges et lycées pour la rentrée scolaire ! C’est aussi le moment
opportun pour se jeter sur les nouvelles facéties de l’élève Ducobu, l’éternel
cancre qui continue de manifester sa flemme, son ignorance, et son attachement
à l’égard de son inséparable voisine, Léonie Gratin, qui par ailleurs le
lui rend bien. Monsieur Latouche, l’instit, n’a pas fin d’en voir des
vertes et des pas mûres avec Ducobu qui ne manque ni de ressources, ni
d’inventivité pour pallier à ses nombreux handicaps sous l’œil ( ? !)
goguenard de Nénesse, le squelette des cours de sciences nat’. Si les études
ne réussissent pas à leur personnage-fétiche, Godi et Zidrou parviennent,
eux, à nous faire (sou)rire à tous les coups. Rentrée oblige, un petit cadeau
(bien utile pour cette occasion !) est offert avec cette première édition...
L'ELEVE
DUCOBU T.7 : Vivement les vacances
GODI
& ZIDROU
Lombard
|
|
Ne
vous fiez surtout pas à la numérotation ! En effet, Bob Morane a bien plus de
36 albums à son actif ! Depuis Dino Attanasio, Gérald Forton (mon préféré !)
puis William Vance, il est toujours en mains sûres avec Coria (le beau-frère
de W. Vance) qui peut se targuer aujourd’hui d’avoir signé le plus grand
nombre de titres de la série. Si la plupart d’entre eux sont des adaptations
des romans d’Henri Vernes, certains ont été écrits spécialement pour la
bande dessinée. Tel est le cas de ce dernier où l’inusable Bob se retrouve
propriétaire d’une bien jolie demeure sur la lagune vénitienne qui a
appartenu quelques siècles auparavant à un égyptologue. La maison, un vrai
musée, n’a pas toujours porté bonheur à ses occupants successifs. Parmi les
nombreux objets et trésors de la collection figure une momie... Cette fois sans
Bill Ballantine, son fidèle acolyte, le commandant Morane aura fort à faire
pour percer le mystère dans une ambiance fantastique à laquelle la Cité des
Doges se prête évidemment de manière idéale.
BOB
MORANE T.36 : Le Pharaon de Venise
Henri
VERNES & CORIA
Lombard
|
|
Avec
ce 3ème tome s’achève le premier cycle de La
croix de Cazenac qui, des tranchées de la guerre de 14-18 nous entraîne
aux coeur de la Sibérie où est caché un fabuleux trésor. Sur une trame qui
conjugue un drame de famille, une histoire d’amour et d’espionnage sur fond
de guerre et l’Aventure (un peu trop rocambolesque pour être vraiment crédible),
l’infatigable Eric Stalner réussit malicieusement à rattacher ce cycle à
celui publié en 4 épisodes chez Glénat (Le
fer et le feu) qui se déroulait un demi-siècle auparavant.
LA
CROIX DE CAZENAC T.3 : Le sang de mon père
Eric STALNER & Pierre
BOISSERIE
Dargaud
|
|
Empoisonné
par Méjaï, une gitane au service du cardinal Trebaldi, le Scorpion échappe de
justesse à une mort certaine. Alors que le funeste cardinal ourdit un complot
visant à assassiner le pape, le Scorpion cherche à percer le secret de ses
origines, sa mère ayant connu le sort réservé aux sorcières en périssant
sur un bûcher... Le scénario alerte de Stephen Desberg conjugué au talent fou
de Enrico Marini nous emporte une fois de plus au cœur de l’Aventure de cape
et d’épée. Le rythme est haletant mais l’histoire reste, une fois de plus,
«à suivre»...
LE SCORPION T.2 : Le secret du Pape
Stephen DESBERG & Enrico
MARINI
Dargaud
|
|
Délaissant
(provisoirement ?) après 8 albums Trent
le sympathique héros de la police montée canadienne, le duo Léo/Rodolphe nous entraîne dans une nouvelle série
qui, (comme son nom l’indique !), a pour cadre le Kenya à la fin des années
’40. Un safari mené par un écrivain américain, au demeurant très
antipathique, disparaît au bout de quelques jours sans laisser de traces... Peu
de temps après, en vue de résoudre cette «étrange disparition», débarque
la charmante Katherine Austin... Tout en étant ancrée dans un contexte précis,
cette histoire teintée de fantastique ne se démarque finalement pas beaucoup
de l’ambiance des univers imaginés par Léo dans ses remarquables cycles SF
que sont Aldébaran (5 albums/une intégrale)
et Bételgeuse (un titre à ce jour).
Du coup, on se met (presque) à regretter qu’il se soit lancé dans cette
nouvelle aventure d’autant que le coloriage de Scarlett Smulkowski n’est pas
aussi réussi que celui de Marie-Paule Alluard, son habituelle complice.
Cependant, rien n’interdit de penser que le prochain épisode finira peut-être
par nous emporter vraiment...
KENYA T.1 : Apparitions
RODOLPHE & LEO
Dargaud
|
|
![]() |
Aussi
délicieux que la pizza du même nom, aussi enlevé que l’incontournable suite
de concertos de Vivaldi, ce 28ème album de Boule
& Bill se déguste avec ce même plaisir, ce même émerveillement
demeurés intacts depuis les premiers titres de la série. Sans aucun doute
possible, le secret de cette formidable longévité réside dans l’éternelle
fraîcheur que Roba déploie pour dépeindre son petit univers des années
50-60, cet espace empreint de rêverie, de tendresse, d’humour et de poésie
qui échappe miraculeusement à la noirceur contemporaine. A l’instar d’André
Geerts et de son Jojo --tout aussi attendrissant (Ed. Dupuis)--, Jean Roba ne cesse
de nous faire goûter sa madeleine proustienne pour nous faire partager, non
sans une évidente nostalgie, les charmes et «l’innocence» d’une époque
dorée. BOULE
& BILL T.28 : Les qautre saisons |
Le
billet d’Eiffel
Menu
du jour : western spaghetti avec Passé
décomposé, première pierre des Fleurs
carnivores du duo Djian et Penet. Quatre jeunes et jolies se font un casse
de banque infernal, endormant toute une population à force soporifiques dans
les réseaux d’eau potable et d’alcools de bonne comme de mauvaise qualité.
Rien n’est laissé au hasard, aucune violence ne sera faite... quatre barbus
sont passés, laissant un seul mort derrière eux ! Une mort qui n’est
que le début d’une piste où le nom vengeance revient en écho. La vengeance
d’une gamine qui a vu ses parents pendus par quatre crapules. Depuis, elle vit
sa haine et veut le prix du sang. Après
deux assassinats, la piste se charge d'hommes prêts à tout pour une prime...
Dans cette période qui marque le retour du western,
Djian utilise un angle original avec quatre pétroleuses jolies comme des
jours de printemps , ce qui sied parfaitement aux crayons du léger Peynet, une
matière originale vite complétée de clichés plus habituels dans le genre
tels chasseurs de primes, shérif véreux et autres salopards avec de vraies
sales gueules, ce qui sied toujours au talent de Peynet ! Pas de révolution
donc, mais un western sympathique dont je ne suis pas certain que la suite
s’engagera sur d’aussi bons auspices ! A Djian de retrouver quelque
angle original !
Le crayonné de Penet, fin et convaincant peut être apprécié dans le tirage
de tête de la librairie Ciné-Flash
(1500 ex, 199 F) en noir et blanc. Ceux qui préfèrent l'ouest sauvage aux
couleurs chaudes des pistes désertiques se régaleront aussi de l'édition
originale chez Soleil.
FLEURS
CARNIVORES T.1 : Passé décomposé
DJIAN
& PEYNET
Soleil
|
|
Merlin
est décidément très en vogue puisqu'après l'adaptation de David Chauvel
chez Delcourt, c'est Jean-Luc Istin qui s'attache doublement au destin
passionnant de l'enchanteur ! Avec Eric Lambert, c'est à la naissance du mythe
qu'il s'intéresse, à l'initiation du jeune Merlin, près du Père Blaise,
alors que l'ordre des Archi-Druides se divise, partagé qu'il est par
l'importance que prend la pensée chrétienne. L'heure des choix est venue,
Merlin devant choisir s’il veut devenir Roi de Féérie, mais pour cela il
devra bannir les chrétiens de Bretagne ! Istin s’attache ici à
l’initiation d’un jeune mage et aux doutes qui peuvent l’assaillir face à
des forces qui utilisent magie ancestrale et intrigue politique. Nous en sommes
à L'éveil du pouvoir pour une vision moins austère de la vie du magicien qui
peut toucher un public élargi.
Avec l'Usurpateur, Jean-Luc Istin démarre, cette fois avec Guy Michel au
dessin, Arthur Pendragon, une série située juste après Merlin. Ce dernier est
devenu un maître en magie et le culte d'Ahès périclite depuis la mort de sa déesse.
Mais les Dames d'Ys n'ont pas dit leur dernier mot, conspirant pour faire renaître
l'âme d'Ahès dans le corps d'un bébé nommé Morgane. Place à la légende
qui verra naître le mythe arthurien, entre complots et batailles, luttes
intestines et pouvoirs magiques. Nous sommes là dans le même moule :
folie des hommes, passion du pouvoir et manipulations manichéennes. Merlin n'en
finit pas de nous conter ses aventures merveilleuses, sous la plume d'un scénariste
qui joue sur la base de Fantasy romanesque de cette saga universelle. De réelles
qualités mêlées à de vrais défauts de base, tout ce qui fait le charme des
premiers albums !
MERLIN
T.2 : L'éveil du pouvoir
ISTIN
& LAMBERT
ARTHUR
PENDRAGON T.1 : L'usurpateur
STIN
& MICHEL
Nucléa
|
|
Difficiles
les histoires d'amour ? C'est rien que de le dire après lecture de Toutes
folles de moi de Mickael Monnin. Bien sûr l'auteur fait dans la caricature
acide, exagérant le trait (pour son dessin aussi d'ailleurs !) sur des
histoires courtes qui se penchent plus sur ces tentatives de drague où séduire
s'avère toujours difficile, voire dangereux, surtout pour l'égo ! L'auteur a
un penchant pour le loufoque et le non-sens, on ne s'en plaindra pas, l'excès
d'humour n'étant pas un délit. Seul le dessin pourrait réfréner les ardeurs
des fanas (pas sûr qu’il soit tous fous de lui !) de légèreté de
trait, mais si vous vous êtes régalé avec Reiser ou Vuillemin, Monnin vous
est fortement conseillé !
TOUTES
FOLLES DE MOI
MONNIN
Albin Michel
|
|
Les
Editions Soleil nous offrent le second volet d'Authority en version grand
format. Invasion nous plonge dans un combat que doit mener notre monde face à
l'agression d'Albion, une terre alternative dont la civilisation s'inspire de l'époque
victorienne. Cette attaque massive permet à Bryan Hitch de s'éclater sur de
formidables batailles où se multiplient à l'envie vaisseaux spatiaux et scènes
super-héroïques ! Warren Ellis en profite pour nous glisser quelques bribes du
passé de Jenny Sparks, histoire de cerner un peu mieux le destin de celle sans
qui Authority n'existerait pas ! Un grand moment de BD américaine, déjà
découvert dans deux fascicules Semic, mais qui prend là une véritable
dimension avec ce format agrandi. Les comics chez Soleil, de toute façon, je
suis pout !
Mais après cent ans d'aventure extrême, Jenny Sparks est morte, juste avant
d'entrer dans le XXIe siècle ! Ses créateurs, Ellis et Hitch se retirent
aussi pour laisser place à Mark Millan au scénario, Frank Quitely ou John
McCrea au dessin. Pour le n° 8 d'Authority chez Semic nous sommes invités à découvrir
le groupe soudé pour décourager l'injustice dans le monde et toujours prêt à
s'opposer aux diplomaties frileuses qui jettent sur les routes ceux qui sont
broyés par les compromissions étatiques. Jenny est partie, mais le groupe
continue ne dérogeant pas à ses habitudes de justice qui ne connaît pas le
politiquement correct ! Mais l'esprit du XXe siècle pourrait bien renaître en
un point du monde... beaucoup guettent cet instant qui ne pourra que marquer
l'humanité. En bien ou en mal, tout dépendra dans quelles mains se fera cette Nativité.
Ceux qui pourraient craindre les changements à la tête de cette série peuvent
se réjouir, Authority reste passionnant, ce numéro nous donnant une histoire
très intéressante sur l'après Jenny Sparks (qui n'a certes pas fini de nous
souffler ses volutes de fumée de cigarettes dans la gueule!) et une autre sur
la fondation du groupe. Jenny, c'est avec plaisir que je reprendrai un petit
whisky (12 ans, pur malt, merci) en ta compagnie !
AUTHORITY
T.2 : Invasion
Warren
ELLIS & Bryan HITCH
Soleil
AUTHORITY
N°8
MILLAN,
QUITELY & McCREA
Semic
|
|
C'est
au beau milieu de la terre des brumes que s'est érigée la capitale de l'empire
Atzlan. Humiliés, torturés, sacrifiés, ils sont huit à braver l'interdit
pour échapper à leurs bourreaux. Seule la cité interdite de Mictlan semble
pouvoir arrêter les guerriers Félars lancés à leurs trousses. Mais
l'intrusion va les confronter à un danger bien plus terrible, le réveil des Serpenters.
Amateur d'univers fantastiques, Thomas Mosdi nous entraîne avec Les Fugitifs dans le premier volet d'une saga précolombienne, à la
découverte d'un peuple monstrueux, émanation d'une pensée odieuse et
inhumaine que rien ni personne ne peut arrêter ! L'entrée dans un enfer
glauque où la menace ronge et brûle les chairs de ses victimes, annonçant le
moment où surgira le sixième soleil, celui que l'on nomme le soleil nocturne.
Dessinée par Freddy Martin, l'oeuvre est résolument sombre, carrément
difficile d’abord, dans une mise en scène étouffante renforcée par des
couleurs aux tonalités obscures. A lire les critiques sur les différentes
mailles du net, beaucoup limitent leur compréhension à leur champ de vision
immédiat ! Dommage, car parfois il faut faire un effort de lecture, dans
le texte comme dans l’image. Tout n’est pas parfait dans cet ouvrage, mais
les ambiances sont proprement étonnantes et l’aventure assez tordue pour réserver
quelque bonne surprise... cela ne tient évidemment qu’à Mosdi au métier
maintenant assez affirmé pour éviter l’écueil !. Les amateurs de dark
fantasy et des peintures de l'Allemand Egon Schiele s'y retrouveront pleinement.
SERPENTERS
T.1 : Les Fugitifs
MOSDI
& MARTIN
Delcourt collection
Terres & Légendes
Dans
l'univers de Norbert l'Imaginaire,
Vadot et Guéret ont décidé de traquer la déprime, l'affreuse dépression, de
bouler à la porte l'infecte raison qui sans cesse tient à s'imposer à la
liberté prônée par l'Imaginaire. Pour Simon et Elodie, tous deux bridés par
la dictature de la raison, il était grand temps de se rencontrer et d’éprouver
un coup de foudre qui va faire vaciller les remparts d'ennui, de rigueur et
d'autorité qui emprisonnent Norbert et Nora, leurs sources d'Imaginaire et de
Bonheur. Leur heure viendra, mais
après avoir repoussé nombre charges répressives, de ceux et celles qui font
le cauchemar dépressif. Avec Imaginaire
: 1/Raison : 0, Vadot et Guéret nous ouvrent les portes d'un univers
original, souvent amusant et empli de poésie. Ils font d'ailleurs preuve d'une
imagination riche et très colorée, donnant certainement au label Troisième
Degré sa première vraie naissance originale. Une belle bouffée d'optimisme
pour un album qu'il serait de bon ton d'offrir à la Saint-Valentin.
NORBERT
L'IMAGINAIRE T.1 : Imaginaire : 1 / Raison : 0
IVADOT
& GUERET
Lombard
Pour
se faire oublier, c'est à New-York que Jessica Blandy est partie se noyer dans
la foule. Mais la belle égérie de Renaud et Dufaux passe rarement inaperçue.
Très vite, c'est dans le monde de la peinture qu'un artiste la recrute pour
figer ces fragiles moments d'extase de la femme pendant l'amour. Un thème que
le peintre avait délaissé, ses modèles se faisant systématiquement
assassiner ! Mais Jessica passe par là et l'émotion, comme l'envie
reviennent. Dans cet Erotic Attitude qu'on lui demande, Jessica donnera et
perdra, une fois de plus, une partie d'elle-même. Une habitude dans une série
qui tourne toute seule, comme beaucoup d'autres qui deviennent plus des
habitudes d'achat que de vrais coups de coeur. Jessica a ses fans assidus, il
faut dire que la belle a des atouts que Renaud sait toujours mettre en valeur.
On aimerait tout de même retrouver les ambiances glauques frisant le
fantastique des tous débuts de la série!
JESICA
BLANDY T.19 : Erotic attitude
DUFAUX
& RENAUD
Dupuis, collection repérageNucléa
Stéphane
Heurteau signe avec La Balade de Gwen un petit bijou de livre illustré qui ne
peut laisser insensible toute âme bretonne qui se respecte, mais aussi tout
amoureux d'aquarelles et du trait fin et gracile qui accompagnent cette douce évocation
du pays de Merlin et de Viviane. Avec sa coiffe haut perchée et son costume de
pays, Gwen Le Creac'h promène sa bonhomie du quartier Bouffay à Nantes aux
sentes qui mènent en pays Fouesnant, sur les traces des corsaires malouins ou
vers les îles du golfe du Morbihan. Un merveilleux voyage gorgé d'embruns et
de senteurs salées où la poésie se veut légère et souriante.
LA
BALADE DE GWEN
HEURTEAU
Terre de Brûme
![]() |
On
aborde les Amériques avec Beau-Ténébreux, le troisième Plume aux Vents, dans une époque
antérieure au western, quand des colons venus d'Europe découvraient les
peuplades indiennes. Et c'est au sein d'une tribu mohawk qu'Ariane de Troïl se
ressource, près de Vieux-Castor, d'Herbe-Folle qu'elle aime comme une soeur ou
de Beau, un homme-inverse qui n'a pas l'esprit de guerre en lui. Mais les
onondagas n'ont pas oublié l'offense faite à l'un des leurs. Bientôt Ariane
est enlevée pour être liée au poteau des braves afin d'y être suppliciée
comme une ennemie têtue. Mais Beau va trouver le courage d'affronter la mort
pour celle qui est son amie. Au-delà d'une défaite, d'une blessure au visage,
son courage sauvera la belle et le fera devenir Beau-Ténébreux. Par-delà
cette aventure indienne, cette merveilleuse balade au Nouveau Monde que nous décrit
patiemment Cothias, cet album signe aussi les retrouvailles difficiles d'Ariane
avec la colonie française. Il est aussi l'occasion de celles avec ce père qui
l'a reniée (T II), après l'avoir " tuée " (là, il faut retrouver
les 7 Vies de l'Epervier !), alors qu'approche le navire qui ramène le
Grand-Blanc (surnom donné par les Indiens à Germain Grandpin). L'aventure est
belle, superbement ciselée par le trait fluide de Juillard, mais approche de
son terme. Il reste à nos deux auteurs à livrer un tome 4 qui devrait sonner
comme un feu d'artifice. PLUME
AUX VENTS T.3 : Beau-Ténébreux |
Coeurs
d'acier,
c'est le retour dans l'univers décadent de l'Impératrice
Rouge que Dufaux a imaginé pour le percutant dessin d'Adamov. La brune et
ambitieuse jeune femme continue de chercher des alliances, près de la pègre
locale par exemple, pour le jour où elle décidera de se substituer à Pierre,
ce vieillard qui est Empereur et aussi son mari. Dans une Russie croupissante,
chacun fourbit ses armes au milieu d'un fatras de technologies dont la maîtrise
se traduit par pouvoir. Mais Catherine n'est pas à l'abri des plans scabreux du
vieil empereur, une menace qui pourrait venir d'un être proche, un de ces
personnages qui trahissent par défaut !. Avec ce second album, Dufaux lâche
quelques bribes de cette anticipation post-cataclysmique, renouant avec des
ambiances à la Beatifica Blues (cette formidable série est rééditée en
versin intégrale), sans convaincre vraiment, ni beaucoup renouveler un type
d'univers qu'Adamov avait aussi mieux traité dans Dayak. Son dessin reste un
des attraits certains de l'album, même si les visages de Catherine ne sont pas
toujours parfaitement réussis. Un ouvrage qui comblera néanmoins une partie
des fanas de thrillers SF, de mondes en décomposition, de mélange d’époques
et d’aventures très manichéennes.
L'IMPERATRICE
ROUGE T.2 : Coeur d'acier
DUFAUX
& ADAMOV
Glénat, collection Caractère
En
juin, les Editions Joker rééditaient La baleine qui chantait faux, le troisième album des aventures de
l'agent Arlequin, créé par le duo de choc Dany et Van Hamme. Une sortie de
l'oubli qui coïncide avec l'arrivée prochaine d'une renaissance inédite de
l'amusant et énigmatique employé de la société Paradise Inc.. C'est en
septembre qu'Arlequin se rendra en pleine Louisiane, au bord des Bayous où a été
construit le splendide hôtel Excelsior. Le palace est hanté, notamment La
suite 13 dans laquelle une jeune chanteuse fût autrefois assassinée.
Depuis, les drames s'y succèdent. La superbe bâtisse est aujourd'hui la propriété
de Paradise Inc. qui y envoie bien sûr Arlequin flanqué de Bertie.
Une aventure fantastique sur le thème de la chasse aux fantômes, d'un fantôme qui réclame
justice, sous la signature des deux fondateurs de la série ainsi que de Jitery
et Rodolphe.
Cédric
est en pleine santé. Pour preuve ce gamin de 8 ans créé par
Laudec et Cauvin annonce son 15e album, Avis
de Tempête chez Dupuis, ainsi que son arrivée sur Canal J pour le mois de
septembre 2001. Celui qui fait toujours les beaux jours de Spirou surf sur un
succès bâti autour de la complicité d'un facétieux gamin et de son pépé, réelle
seconde star de la série. L'école, les relations parentales, les amours
d'enfance (la petite Chen) sont les moteurs des gags de Cauvin qui joue
habilement du rire et de l'émotion. Après Titeuf, la déferlante Cédric se
met en place...
Groo
a perdu son chien Rufferto, c'est clair, cela va saigner ! Le plus débile
couple de héros créés pour pasticher l'héroïc-fantasy déboule chez Hors
Collection sous la plume de Sergio Aragonès. Pas fin, pas fûté, on peut dire
carrément con, il sème la terreur partout où il passe, ne pigeant rien aux événements
et s'appesantissant donc aussi bien sur les victimes que sur les oppresseurs. Ce
Z'avez pas vu Rufferto! parodie
l'H.F. comme notre monde moderne, enfonçant tout de même des portes largement
ouvertes. Il est vrai que Groo n'est pas là non plus pour réfléchir, mais
juste pour faire rire. Pas sûr non plus qu'il atteigne toujours sa cible !
Quelques
comics pour achever ce billet encore un peu long ! Vous inquiétez pas, je
vais me calmer un peu !
Les " Special " sont à un tournant de la lutte qui les oppose, Maas Critique semble dominer l'esprit de trop d'entre eux pour que John puisse espérer dégager Chicago de son emprise destructrice. Il lui faut sauver les civils tout en luttant contre des "amis possédés" qu'il ne peut envisager de supprimer ! Maas espère un maximum de pertes dans les rangs des surhommes puisque chaque décès de l'un d'eux augmente encore ses forces. Il va y avoir beaucoup de casse, puis de regrets. Heureusement, dans la dure carapace de Maas reste une petite faille qui se nomme Stéphanie, la jeune fille qu'elle a pu être... Dans ce n°7 de Rising Stars, l'épisode Stalingrad voit la fin d'une lutte fratricide, J. M. Straczynski nous proposant ensuite un épisode charnière de réconciliation où les " Special " s'unissent dans une vision de complémentarité qu'a saisi John. Place maintenant à un seul but : changer le monde ! Une évolution que l'on suite sous la patte de Christian Zanier puis de Stuart Immonen qui ne me font décidément pas oublier les excellents débuts de la série avec Keu-Cha ! Semic
Quelle elle que soit la menace démoniaque qui puisse s'abattre sur la petite ville de Malice ou qui prend l'apparence d'un tonitruant retour d'Overt-Kill, Spawn survient et balaie l'incident d'un vigoureux revers de sa cape pourpre. Le n° 60 du plus célèbre des soldats de l'enfer nous la joue vengeur masqué dans deux historiettes sans grande envergure où l'on tutoie le mal le plus sordide sur un fil scénaristique tellement tenu qu'aucun équilibriste n'oserait s'y aventurer ! Il reste l'intérêt du grand talent de Greg Capullo pour la couverture et du bon boulot réalisé par son successeur, Angel Medina. Des histoires plus solides, du moins plus originales, renforceraient certainement son impact naissant sur la série. Semic
Toujours sur la
route qui mène vers New-York, David Grey commence à ressentir les premiers
symptômes de sa transformation en Marcheur. Il n'a plus de temps à perdre s'il
souhaite sauver son âme et éviter de devenir un tueur d'ombres ! Pourtant, une
obsession le taraude : revoir sa femme et lui laisser un message d'excuse pour
ses erreurs passées et sa mystérieuse disparition. En la contactant, il donne
une information d'importance aux Marcheurs : Sarah est un être cher aux yeux du
fantôme qu’il devient. En la faisant souffrir, ils le briseront encore plus
vite ! Avec Laurel, il doit vite intervenir pour la sauver d'un enfer
insoutenable.
Ces 2 nouveaux épisodes du n° 3 de Midnight Nation nous apportent de
nouveaux éclairages sur l'énigmatique Laurel et les cruels Marcheurs, appuyant
un peu plus sur l'inéluctabilité du mal qui envahit l'ancien flic. Le temps
est l'ennemi de David et, son créateur, J. M. Straczynski, l'égrène doucement
, diluant le suspense dans une série dont le fil conducteur se partage entre le
réel et cet étrange monde parallèle dont on ne perçoit pas encore la figure
la plus malsaine. Cela ne devrait pas trop tarder, le dessin puissant et en net
progrès (depuis Kin) de Gary Frank doit s'y préparer ! Sémic