16 août 2001
Le
billet d’Eiffel
La
bande dessinée, on ne l’arrête plus. Les lecteurs sont de plus en plus
nombreux, les parutions également. Je vous propose un rendez-vous avec des
tonnes d’albums le plus souvent possible. Des critiques et impressions couchées
dans les pages de L’Annonce-Bouquins (fanzine mensuel pour dénicher la
petite merveille qui manque à votre collection) ou La Cité des Bulles
(trimestriel de 48 pages né en mai 2001 dont quelques extraits seront en
avant-première sur le site d’Imaginaire Yo-zone). Beaucoup d’échos à
l’image de ceux de cette livraison couvrant des parutions du début d’année,
histoire de ramener à mémoire quelques oublis dommageables !
-
L’Annonce-Bouquins,
121, avenue G. Pompidou, 33500 Libourne, France.
-
La
Cité des Bulles, Frank Camous, Les Dominos D, 4, rue A. Groignard, 83200
Toulon, France.
Kraehn
et Jusseaume ont repris la mer en compagnie de Yann Calec, aux ordres du
commandant Avron, un pénible de chez jamais content qui arrive à faire
l'unanimité en se faisant haïr de tous. Sur La route de Pointe Noire,
tous rêvent de le voir disparaître de leur quotidien épuisant, y compris les
Kroumen, des hommes de peine embauchés en Côte d'Ivoire et que Calec aura bien
du mal à décider de rejoindre le bord de celui qu'on nomme le Pacha. Quand ce
dernier est retrouvé au fond de l'eau, tué d'un coup de poignard, les suspects
se bousculent au portillon, y compris Calec qui a boxé Avron la nuit de son
assassinat! Mais les surprises ne s'arrêtent pas là pour notre lieutenant préféré
qui repique une tête dans les eaux fétides de l'arnaque, de la corruption et
d'une époque (années 50) au racisme ordinaire.
TRAMP
T.5 : Sur la route de Pointe Noire
JUSSEAUME & KRAEHN
Dargaud.
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Retour de Jérémiah pour une nouvelle leçon de narration et de couleurs directes par maître Hermann. Dans Le fusil dans l'eau, Jérémiah et Kurdy fuient une bande d’excités et tombent sur Jason, malencontreusement tombé au fond d'un puits. Contre un peu d'aide, il leur propose de les planquer dans le refuge de sa famille au fond du marais. Pas vraiment une affaire, vu que la famille part complètement en quenouilles et qu'une sale affaire de pognon risque de faire exploser tout ce beau monde. A sa façon, Hermann observe, dépeint et force le trait. La mèche est allumée dès le début et on guette le moment où cela va sauter. Nos héros seront bien entendus les hommes de la situation et vont finalement peut-être sauver et réconcilier ce clan! Jérémiah, 22e album, répond toujours présent et c'est diablement beau! Dans une veine commerciale qu’il est de nos jours de bon ton de critiquer, Hermann sait où il va, ne se moquant jamais d’un public fidèle qui le fait vivre. N’oublions pas que les auteurs en ont aussi besoin ! Interview d'Hermann à découvrir dans le SWOF n° 20/21 JEREMIAH T22 : Le fusil dans l'eau |
Pour
les ambiances résolument noires, rien ne vaut une bonne descente dans Sin
City, la ville du mal imaginée par Frank Miller. Plongeant dans le plus
odieux du tréfonds de l'âme humaine, Miller nous y fait ressentir le morbide,
le sulfureux, l'impensable. Un scénario très dur qui est formidablement
soutenu par le boulot en noir et blanc de l'auteur, on pourrait même dire en
Blanc et Noir tant la lumière des touches claires semble constamment en lutte
pour s'imposer et repousser aux franges les ambiances sombres. Cette lutte
constante vient renforcer la rage des personnages, les passions exacerbées, les
violences sadiques ou les vengeances sans pitié. Les éditions Rackam
ont eu l'excellente idée de rééditer ce chef d'oeuvre de la BD américaine
dont le tome 1 était introuvable. Elles poursuivent l'aventure avec J'ai tué
pour elle pour une seconde descente dans un monde merveilleusement vénéneux.
SIN CITY : J'AI TUE POUR ELLE
Frank MILLER
Rackam
Le
Choucas
a débarqué en janvier avec sa chemise jaune et ses chaussettes rouges. L'enquêteur
pour cause de chômage créé par Lax revient déjà pour deux nouveaux tours façon
privé qui se fait trimballer. Lorsque Le Choucas s'incruste, il court
après un héritage que deux frangines se disputent derrière une vieille
affaire qui a envoyé l'une neuf ans en prison à la place de l'autre! Pas
franchement détendues les réunions de famille! Quand Le Choucas enfonce le
clou, il doit réunir tous les anciens élèves présents sur une photo de
1962. Une prime doit saluer chaque retrouvailles, si les morts simplifient ses pérégrinations,
elles altèrent sérieusement son éventuel pécule. Bref, il y a une vengeance
derrière cela, faut pas jouer avec les nerfs de Mademoiselle Méthode, l'instit
de l'époque. Entre deux références de la Série Noire (Gallimard), Lax cède
aisément au bon mot, laisse planer sa caméra sur les trottoirs et les ruelles
où il nous entraîne et ne se gène pas pour régler ses comptes, par exemple
avec le pouvoir que confère la télévision
Toujours originales, ses histoires ouvrent en grand le quotidien des gens
simples qui le compose et n'hésitent pas à écorner tout ce qui est surfait, dérisoire,
sans âme... du moins pour l'oeil d'un drôle d'oiseau un rien cool et planeur.
LE
CHOUCAS
T.2 : Le Choucas s'incruste
T.3 : Le Choucas enfonce le clou
LAX
Collection Repérage,
Dupuis.
Dans la collection Petits Meurtres, Etgar Kehet et Assof Hanouka nous livrent La journée de la Terre, un ensemble de sept nouvelles qui oscillent entre climats intimistes, désabusement et tourments. Des tourments liés au fait de vivre en Israël et de penser que la guerre, sans cesse, tape à la porte, qu'un jour au Liban on a tué un homme ou qu’Yitzhak Rabin est mort. Quelques instantanés de vie entre rêves brisés et illusions perdues, quelques mots et images d'une génération qui refuse l'intégrisme et continue de souffrir de ne pas voir d'issue. C'est bien plus intéressant qu'une info bâclée au JT de 20 heures, dans un N&B vigoureux et précis Un bouquin pas comme les autres qui conte une blessure qui jamais ne guérit !
LA JOURNEE DE LA TERRE
Etgar KEHET & Assof HANOUKA
Le
Masque
![]() |
Les
faiseurs d'holocaustes ont souvent pratiqué l'Afrique, les démons n'ayant pas
de frontières. D'ailleurs Zezejl, dans Congo Bill, n'oublie pas de
rappeler que derrière les massacres rwandais s'agitent les ombres de l'omniprésent
tonton d'Amérique, des multinationales et des fabricants de dollars. Au pays de
Kabila, quand l'oncle Sam perd pied devant des massacres aussi démentiels
qu'incompréhensibles, il délègue quelques mercenaires pour faire le coup de
balai. Mais Kong l’animal est-il plus cruel que celui qui organise les
massacres ethniques pour le profit du commerce mondial ? Quand l'histoire du
Congo n'est pas faite par ses enfants, Zezejl leur rend leurs racines et nous
donne un récit d'une force incroyable, une vision effroyable (de celles qu'on
ne vous donne pas dans les JT) et un voyage initiatique et expiatoire d'une
folle intensité. Aussi féroce qu'étonnant. Régulièrement édité chez Mosquito, ce dessinateur Yougoslave
qui dessine pour DC Comics depuis 1996, y a déjà publié Invitation à la
Danse et Rêve de Béton, deux ensembles de nouvelles graphiques au style
halluciné et aux ambiances gris/noir obsédantes. Une rencontre avec Zezejl
s’impose ! CONGO
BILL |
La
naissance du Label Troisième Degré fait évidemment penser à celle de
la collection Poisson Pilote (née également un 1er avril) chez Dargaud.
Ch. Blain est le type même d'auteur fait pour l'aventure iconoclaste et
l'humour décalé que cherchent les deux éditeurs. Avec Les Amériques T1,
il nous livre le début d'une aventure prévue en 2 albums, celle d'Isaac le
Pirate. Pirate par hasard, peintre par choix. Le manque d'argent le pousse
un jour à suivre Henri Demelin pour un embarquement de quelques jours près
d'un richissime capitaine amateur de peinture. Isaac laisse donc sa fiancée
Alice, lui promettant de revenir riche et vite. En fait, il rejoint l'équipage
de Jean Mainbasse, un pirate qui rêve d'atteindre les pays du grand froid et
d'en ramener preuve sous la forme de peintures. Comme toujours, le récit de
Blain se fait magique, démultipliant les sources d'histoires dans la trame
principale, suivant Isaac ou Alice dans leurs émancipations forcées. Le dessin
est drôle à souhait, faisant passer à merveille toutes les sensations de ce
voyage peu ordinaire.
Blain
nous régale, nous fait rêver et nous passionner pour cette aventure aux
nombreux personnages plus qu'attachants. Des BD comme celle-ci, on en souhaite
en Poisson Pilote comme au Troisième Degré!
ISAAC
LE PIRATE T.1 : Les Amériques
Christophe BLAIN
Collection
Poisson Pilote, Dargaud.
Avec Gwalchmei Le Héros, David Chauvel et Jérôme Lereculey abordent le troisième album de leur vertigineux projet sur la légende arthurienne. Myrddin veut convaincre Arthur de devenir le roi que la Bretagne attend. Mais ce dernier se complaît dans ses passe-temps favoris : la chasse et tuer des Lloegriens, l'ennemi juré. Il faudra user d'artifices magiques et de passion amoureuse pour décider le fougueux combattant... Toujours très respectueux de la légende originelle, le propos de Chauvel s'avère toujours un peu difficile à appréhender, mais jouit de plus en plus de la présence d'un dessin toujours plus expressif. Les progrès de Jérôme Lereculey sont incontournables et certaines scènes (notamment les combats) sont d'une intensité et d'une force étonnantes. Rien que par sa force graphique, ce troisième volet s'impose comme une oeuvre marquante. L'amateur de BD facile sera certainement rebuté par l'effort de lecture à fournir, les autres se régaleront.
GWALCHMEI
LE HEROS T.3
David CHAUVEL & Jérôme
LERECULEY
Delcourt.
Dans la collection Tohu-Bohu, Wazem et Robin nous offrent deux dérives obsessionnelles très intenses. Le premier, avec Comme une rivière, conte l'abîme fait d'alcool et de délires liés au décès de sa femme dans lequel Vladimir s'engloutit pas à pas. Dans la froide campagne russe, le retour, après sept ans d'absence, du fils artiste, va redonner goût à la vie à celui qui fuyait l'existence. Autre critique de cet album à découvrir dans le SWOF n° 29
Avec
Si j’ai bonne mémoire, le cheminement d’Alexis Robin est inverse,
puisque pour son personnage principal, Julien, tout va pour le mieux, côté
affectif comme pour sa jeune carrière de peinture. Et puis, un jour, il la
croise, celle qu'il est certain d'avoir connue et aimée, malgré le vide qui
habite sa mémoire. Il la suivra, l'abordera, son image seule va finir par
compter au point qu'il en délaissera tout le reste ! Jusqu'à l'éclatement
final et l'acte de destruction qui les anéantira tous! Véritable roman dessiné,
ce récit d'une grande force est une superbe réalisation, un des ces voyages
peu ordinaires qui laissent longtemps trace de leur gravure. Et côté
gravure, Robin en connaît visiblement un rayon!
Ces
deux voyages qui cohabitent avec la folie sont aussi passionnants que poignants,
surfant entre souffrance morale, passion incontrôlable et euphorie. Pour des
finalités bien différentes, mais aussi pour deux beaux moments de bande dessinée
en noir et blanc.(Humanoïde Associés)
COMME
UNE RIVIERE
WAZEM
SI
J'AI BONNE MEMOIRE
Alexis ROBIN
Collection
Tohu-Bohu, Humanoïdes Associés.
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Au bout de la route, la fin d'une épopée, d'une fuite éperdue qui s'achève dans un bain de sang et par une séparation devenue inéluctable. Avec le tome 4 de Dixie Road, Dufaux et Labiano ont conduit la jeune adolescente au bout de l'impasse. Elle qui rêvait que ses parents reprennent enfin le chemin ensemble, les voit reconnaître leurs différences. Lui, toujours prêt à un plan foireux pour assurer leur avenir, elle, héritière d'une grande famille, qui découvre la misère et les mauvais coups dans ces camps de la grande crise américaine des années 30. Au milieu du sang, des meurtres des milices, des tueurs lâchés à leurs trousses, Dufaux dresse le tableau d'une époque où l'ouvrier courbe l'échine sous les coups sans retenue du propriétaire, d'une période où seul l'argent fait loi (pas sur que cela ait changé!).Une peinture plutôt réussie pour cette partie conflictuelle et sociale, l'histoire de l'échec du couple et des espoirs de Dixie étant un peu moins bien traitée, voire un peu expédiée sur la fin de l'album. Ce Dixie Road reste tout de même une bonne série, agréable à lire et à suivre sous le trait d'un Labiano fluide et élégant. DIXIE
ROAD T.4 |
Viva
Argentina. Nous sommes amenés de plus en plus à retrouver les noms des
Argentins Trillo et Risso aux devantures de nos librairies BD. Grâce en forte
partie aux éditions Albin-Michel, grandes pourvoyeuses de récits en
N&B de ces auteurs. La grande dernière découverte étant Je suis un
vampire, réalisée par ce duo (3 albums parus). Depuis, Trillo s'est attaché
les services de Bernet (Torpedo) pour décliner sa passion des vampires au
travers d'une histoire d'amour éternel ou Le cri du vampire, toujours
chez Albin Michel. De son côté, Risso avait lorgné du côté des
Etats-Unis, exerçant son prodigieux coup de crayon sur un scénario de Brian
Azzarello pour DC Comics. Ce sont les éditions Soleil qui nous offrent
la traduction de 100 Bullets, pour le Premier sang de la série A
bout portant. Un récit très sombre pour une plongée dans les bas-fonds de
Los Angeles, là où règnent et s'affrontent gangs et gosses aux horizons aussi
glauques que leurs quartiers. C'est là que revient Dizzy après trois années
passées en prison, d'où elle a appris l'assassinat de son fils et de son mari.
Quand on lui propose de se venger sur les ripoux qui ont commis le méfait et,
ce, avec une impunité garantie, la tentation est alors difficile à réfréner.
Pourtant, Dizzy ne veut pas replonger du mauvais côté !
De
la BD sombre à souhaits, violente et parfois crue. Une petite pépite au rythme
bien soutenu pour un regard effrayant sur l’Amérique. Eduardo Risso s'avère
toujours aussi efficace et puissant, dans un récit cette fois mis en couleurs.
Voilà indéniablement une très bonne BD made in America.(Soleil)
JE
SUIS UN VAMPIRE
LE CRI DU VAMPIRE
TRILLO & RISSO
Albin Michel
A
BOUT PORTANT (1000
BULLETS) T.1 : Premier sang
Brian AZZARELLO
Dargaud.
Périple fort amusant que le Montmartre no future que nous distillent Edith et Corcal pour les aventures du peintre Eugène de Tourcoing-Startrec. Une amusante balade dans l'univers d'un peintre bohème, pochard et un rien visionnaire. Des visions qu'il confie à son ami Paumelle et qu'il transcrit par la peinture, lui causant moult mésaventures, l'époque n'étant pas prête à envisager les visions d'avions, de voitures et autres grandes surfaces de consommation. Il trouve néanmoins un mécène, un chocolatier épris de ces visions de grands rayonnages. Eugène, lui, comprend vite que c'est l'avenir de la société qu'il entrevoit et décide de créer une organisation révolutionnaire pour contrer toutes ces pollutions futures. Iconoclaste à souhait, l'aventure s'avère être une jolie parodie de nos temps modernes, jouées par des personnages peu ordinaires qu'Edith se complaît à peindre dans un style qui rappelle qu'elle a aussi travaillé dans l'illustration Jeunesse. Une farce mouvementée véritablement pour tout public.
MONTMARTRE
NO FUTURE
Edith & CORCAL
Casterman.
![]() |
I.R.$,
Alpha, Capricone, Niklos Koda, Vlad, autant de séries installées dans le label
Troisième Vague du Lombard. Des séries qui interpellent tels des
reflets d’images délivrées par les séries de télévision, avec comme
moteur, le mystère, l'action et des sujets en phase avec l'actualité. Je n'ai
pas cité l'une d'elles, car il s'agit incontestablement de ma préférée, réalisée
par un auteur complet (puisqu'il dessine, scénarise et réalise ses couleurs)
que j'ai toujours passionnément suivi, Mister Chris Lamquet pour Alvin Norge.
Dans Morphing Amer, on retrouve Norge six mois après les dramatiques
implications de l'affaire Kimberley (voir T1,@enfer.Zcom), planqué
en Floride et bossant pour la police en réalisant des portraits de personnes
disparues. Les recherches passionnelles de cet informaticien de génie vont le
conduire sur les traces de Louisa Grandahar et de son robot fractal, avant que
peu à peu, la tempête ne s'installe, tornade nommée Mashram, le gourou d'une
cyber-secte qui impose au XXIe siècle le premier conflit entre Réel et
Virtuel. Petit à petit, Lamquet ramène Norge au cœur de l’Œil du typhon, réinstallant
un à un les personnages liés à Kimberley. L'ensemble est absolument irrésistible,
formidablement mis en place, Lamquet nous menant de surprises en interrogations,
insufflant un rythme diabolique à ce thriller résolument actuel et inventif.
Pour moi, avec ce second volet vraiment réussi, voilà confirmation qu'Alvin
Norge peut devenir la série référence de Troisième Vague. NORGE
T.2 : Morphie AMER |
Ils
se sont déjà réunis, il y a 5 ans, c'était pour La Gloire d'Héra (2
albums, Casterman), déjà dans les arènes de l'Antiquité grecque. Le Tendre
et Rossi nous y transportent à nouveau pour le premier tome de Tirésias.
C'est à Thèbes, en ces temps où les dieux veillent sur la destinée des
hommes, que tout démarre. Combattant superbe, orgueilleux et souvent arrogant,
Tirésias y est adulé des femmes et fait chavirer le cœur de jeunes éphèbes.
Un jour, en allant au bout d'un pari stupide, il offense Athéna. Pour punition,
elle le transforme en femme !
Sur
ce thème d'un homme dans le corps d'une femme, Le Tendre vient nous surprendre
par une verve quasi pagnolesque. Té! Humez ces senteurs, voyez ce soleil, ces
oliviers, ces places populaires où l'on joue la provocation théâtrale, le
verbe haut et le pari inconscient et machiste. Du Pagnol mythologique ! Du Le
Tendre en très grande forme. Comme Rossi est au diapason, ayant encore renforcé
son trait, réaliste et vivant, et réussit de somptueuses couleurs, l'album est
tout bonnement réjouissant. Tirésias est une farce éclatante de santé,
finement jouée dans le décor lumineux d'une époque fascinante.
TIRESIAS
T.1
Serge LETENDRE & Christian ROSSI
Casterman.
Rythme, action et coups de théâtre sont les ingrédients de la farce jouée par Parme et Trondheim au début de la série Vénézia. Double jeu, non, Triple jeu annoncent nos duettistes pour deux espions à la solde de François Ier et de Charles-Quint, partis écouter aux portes dans la cité du Doge, dans la Venise du XVIe siècle. La cantatrice Sophia Cantabella et le peintre Guiseppe Pintorello, artistes le jour, deviennent chats de gouttières la nuit pour mieux laisser traîner l'oreille. Leur première rencontre sera épique tant ils se détestent de visu, plus intriguante, en habits de voleurs, où le secret va créer le charme. Théâtrale à souhait, l'affaire est truffée de quiproquos et de faux semblant, entre claquements de portes et invités surprises. On parle souvent de rythme cinématique dans la BD moderne, ici, Trondheim livre un vaudeville trépidant où le dessin de Parme excelle dans la vivacité et la drôlerie. Installez-vous, au théâtre ce soir débarque avec les décors de Roger Parme et des costumes de Donald Trondheim ! Promis, vous allez rire.
VENEZIA
T.1 : Triple Jeu
Lewis TRONDHEIM & PARME
Collection
Poisson Pilote, Dargaud.
Depuis ses débuts en 1990, Corbeyran n'a eu de cesse de multiplier les collaborations (Guérineau, Falque, Berlion, Charlet, Cecil, Alfred...) pour des aventures graphiques et scénaristiques des plus diverses. En 1997, il entre dans l'univers du Chant des Stryges avec Guérineau (5 albums, Delcourt), le développant dans le Maître de Jeu avec Charlet (2 albums, Delcourt), puis, dernièrement, avec le Clan des Chimères avec Suro et un premier album titré Le Tribut. Cette troisième intrusion dans le monde de ces êtres de cauchemar se situe au XIIIe siècle, sur les terres de Roquebrunne. On entre en pleine bataille entre fiefs, alors que Payen attend la naissance d'un fils, de son successeur. Dans la tourmente, et alors que l'accouchement tourne au plus mal, il fera intervenir Smérald, celle pour qui la nature n'a plus de secret. Alors qu'il remercie la jolie sauvageonne d'une union charnelle fougueuse mais inavouable, dame Gwenaldren subit les assauts des Kobbolds. La pièce peut commencer, tous les acteurs sont en place ! Non, il manque l'inquisition, mais patience, elle arrivera bien assez tôt... Bertaire de Fontfroide veille. Cette variation sur le thème les Stryges sont parmi nous, s'éloigne radicalement des deux autres séries du genre, dans le temps et dans la forme. L'histoire est vive, passionnante, le trait épais de Suro donne un crayonné qui exprime aussi bien rudesse que rondeur, marquant fortement les personnages ou les scènes dynamiques comme les toutes premières pages vraiment splendides. Pour faire une bonne BD, il faut une bonne histoire, celle-ci, avec des ressorts assez classiques (sorcellerie, inquisition...) offre un bel écho d'une aventure entre féerie et diablerie qui nous réserve, j'en suis certain, quelques beaux jours.
LE
CLAN DES CHIMERES T.1 : Le tribut
Christophe BLAIN
Collection
Poisson Pilote, Dargaud.
Pour sa onzième aventure, Benoît Sokal lance Canardo dans les méandres du temps, à la recherche d'Un misérable petits tas de secrets. Sur son lit de mort, Eugène Molard agonise, oubliant de glisser dans son dernier soupir la révélation du lieu où il cachât, juste après guerre, un joli magot en lingots d'or piqué aux Allemands. Pour sa fille et son gendre, une seule solution : engager un détective. Ce sera Canardo qui, justement, se doit de tester une machine à voyager dans le temps. Avec son incroyable air d'en avoir rien à foutre, il se balade ainsi dans la vie sans relief et les secrets inavouables de ce "héros" de la Résistance. Un tête à tête souvent renouvelé, étonnante intimité qui reliera Canardo et Eugène sur une cinquantaine d'années. Une histoire sans grandes vagues, bien menée par un Sokal toujours habile dialoguiste, assez loin tout de même d'un détective dont les premières aventures sont entrées dans l'histoire de la BD.
SOKAL
Casterman.
|
Jolie
Albane que l'on rencontre dès la très belle couverture du quatrième
tome des aventures de Shane par Teng et Di Giorgio. C'est parmi la bande
de pillards du sinistre Morchaele qu'il a infiltrée que Shane la rencontre,
cette jolie liane souple toute de blondeur et de naïveté. Shane
s'attache d'abord à elle par intérêt, afin de retrouver la petite fille d'un
riche marchand enlevée lors d'un récent pillage. Elle, tout de suite, s'éprend
du courageux archer. Crimes, trahisons et vengeances autour d'un fabuleux butin
viendront sceller une superbe amitié naissante. Avec cette quatrième aventure,
c'est la superbe impression du tout premier opus qui resurgit. Expressivité du
trait, narration bien menée, qui navigue entre rage, violence et intimité, découpage
des plus dynamiques et de très belles couleurs par Graza (les scènes de nuit
tout en bleuté sont très belles), les raisons d'être sous le charme sont
nombreuses. Le charme agit dès la très brutale scène d'introduction pour ne
plus vous lâcher, à la façon des meilleurs albums de mister Hermann. SHANE
T.4 |
Pédro le Coati est un de ces nouveaux héros qui font le bonheur des jeunes lecteurs de Spirou. Un héros qui n’use de son énergie que pour quelques affaires bien déjantées derrière les grilles d'un zoo imaginé par Gaudelette et Larcenet. Quand deux piliers de Fluide Glacial s'attaquent à l'humour jeunesse, cela se démarque singulièrement du reste de la production habituelle. Plus cru, plus moderne, l'humour de ces histoires tourne autour d'une bande d'animaux sauvages qui s'est particulièrement bien adaptée au rythme de vie de l'homo villégiaturis. L'heure de l'apéro ou de la belote est sacrée, comme la drague ou l'époque des vacances. Une joyeuse équipée pour critiquer notre vie de tous les jours. Décapant et réjouissant.
PEDRO
LE COATI
GAUDELETTE & LARCENET
Dupuis.
Parcequ'il rêvait d'éternité, le roi Hochwald premier emprisonna la
grande faucheuse dans un grand psyché. Funeste et égoïste victoire sur la
mort puisque si elle n'est plus au rendez-vous, le vieillissement, puis le
pourrissement
des tissus continuent de faire des ravages sur des êtres fragilisés
dans leur immortalité. Ainsi naquirent les Laminoirs, d'un besoin de
stopper un jour le fil de vies devenues souffrances. Etranges fauchages qui
consistent à séparer la tête du corps, l'âme du défunt s'envolant alors
vers le corps de son bourreau. Inutile de dire que peu de candidats se proposent
pour cet acte qui les gave littéralement d'esprits envahissants. Autour de cet
enfer gravitent Seldnör, pourchasseur et étripeur de zombies retors, et Zorn
et Dirna, deux gamins au don inouï : donner la mort par un simple toucher
tout en libérant définitivement l'âme de ses tourments. Cela va attirer
nombre convoitises, bien évidemment.
Sur
une histoire originale de Yann Le Gall et de Jean David Morvan, s'ouvre un
univers très dur sur le mode de la Fantasy, un conte très cruel qui ne néglige
pas les clichés gore. On taille, on tranche, on éviscère, on décapite dans
une furieuse mêlée où la mort est devenue une obsession. Les images sont
crues et violentes dans un atmosphère de dessin animé mixant les techniques
Disney et mangas. C'est gentiment rond, offrant un décor presque enfantin qui
sera violemment perverti par le propos! Aussi original qu'amusant et inattendu,
voilà du fantastique ado qui réjouira les adultes.
LES
LAMINOIRS
Yann LE GALL & Jean David MORVAN
Soleil.
![]() |
A l’image de ces mères juives que l'on dit aussi possessive que protectrice, celle de Jason, jeune croque-mort s'ennuyant ferme dans un bled paumé du fin fond de l'Ouest américain, ne le lâche pas d'une semelle, aussi desséchée soit-elle après une mort brutale et soudaine. C'est qu'elle a un vieux compte à solder avec l'enfant de salaud qui l'a engrossée et a disparu, au petit matin blafard d'une cuite innommable prise à la naissance du rejeton. Jason, qui croyait le paternel mort lors de sa prime jeunesse, jure alors de le retrouver et s'engage sur la piste de la grande aventure. Un chemin parsemé de saloons et de poivrots, d'histoires inventées au fond d'une bouteille de whisky et de fables sur la destinée "formidable" de son père. Ces rencontres extraordinaires vont pousser Jason à former une bande tout à fait hors du commun dont le but sera la banque de Dodge City. Tout est prévu, minuté, étudié, sauf la concurrence déloyale ! Dur métier que celui d 'Outlaw. Après avoir imposé son style déchiré et ses tracés à la serpe dans Alban, Fourquemin nous convie avec ce Jupes et Corbillards à découvrir une drôle de bande de malfaiteurs dans un far-west parodié à la dynamite par Dieter. Les situations cocasses s'enchaînent autour d'un ballet de personnages caricaturaux en diable (le pochard, le black balèse, le chinois de service, la chanteuse de saloon...) où Fourquemin nous livre quelques gueules et tronches épatantes (sans rappeler parfois De Crecy). Ce n'est certes pas la BD de l'année, mais cet Outlaw n'est pas à donner aux cochons ! (voir p. 29 ou Fourquemin case l'animal fétiche de la série Alban !). OUTLAW
T.1 : Jupes et Corbillards |
C'est pas beau d'écouter aux portes, pourtant Lincoln a envoyé
un de ses espions vérifier la bonne tenue de son état-major, notamment celle
du général Grant. Ce dernier en butte à la résistance d'un camp retranché
sudiste, abuse de la dive bouteille et lance ses hommes dans des attaques
suicidaires. L'oreille de Lincoln est
aux aguets, mais Chesterfield et Blutch essaient de limiter la casse ! Derrière
l'habituel conflit interne de nos deux Tuniques Bleues préférés,
Lambil et Cauvin en profitent pour jouer d'un humour, parfois noir, envers ces
hauts en grade qui disposent de la vie des autres comme de pions sur un échiquier.
Un 44e album classique, efficace et caricatural d'un certain esprit militaire !(Dupuis)
LES
TUNIQUES BLEUES T.34 : L'oreille de Lincoln
CAUVIN & LAMBIL
Dupuis.
Les fanas de polar sont servis
depuis la naissance de la collection Bulle Noire chez Glénat où
les séries se multiplient. Ainsi Six jours et mourir de Dieter et
Nicaisse, pour une mécanique infernale qui vise une jeune Anglaise à la vie
trop paisible autour de son metteur en scène de mari. Les premiers meurtres
accusent ce dernier, car les malheureuses assassinées étaient ses maîtresses.
Le coureur de jupons a des alibis solides, ce qui n'est pas le cas d'Ellen. Vite
dans le collimateur de la police, elle perd pied devant les événements
contraires qui l'accablent. Pourtant, il ne lui reste que six jours pour s'éviter
l'irréparable. Le piège est en place pour un récit à suspense prévu en 2
albums.
A découvrir aussi Ex Nihilo,
deuxième tome pour Le Principe de l'Enfer de Carré et Michaud. Retour
de l'insaisissable personnage qui pousse des êtres raisonnés à multiplier les
meurtres rituels. Après avoir sévi dans l'entourage de George Sand (tome 1),
c'est à notre époque qu'un criminologue indépendant se heurte à un mystère
fantastique et passionnant. Un
thriller haletant avec une vraie bonne idée de départ par deux auteurs souvent
associés, mais dont le boulot semble assez peu reconnu !(Glénat)
DIETER & NICAISSE
LE
PRINCIPE DE L'ENFER T.2 : Ex Nihilo
CARRE & MICHAUD
Collection Bulle Noire, Glénat.
|
Une
aventure follement surréaliste et vachement dingue. Les investigations complètement
beurrées d'un drôle de bovin qui se prend pour James Bond. La crème de la BD
qui déconne et qui décorne ! Voici les termes qui résument la présentation
de Sacrées Vaches, premier tome de la série de De Moor et Desberg
maintenant intitulée Lait Entier dans le label Troisième Degré
au Lombard. Car la Vache et son lait sont au centre des études d'un archéologue
qui veut prouver au monde entier que l'homme doit son évolution à la belle
encornée. Pendant ce temps, Pi 3,1416 mène une enquête derrière les frasques
sanglantes du gourou Sri Esmoor qui rêve d'implanter le culte de la vache sacrée
en Europe. Tout cela à cause d'une veille histoire de PV trop généreusement
donné pour un passage piétons mal respecté. C'est dingue, non ? Si, c'est
dingue, vraiment barré et toujours inventif. De Moor et Desberg profitent
d'ailleurs de l'arrivée de ce Lait Entier pour adjoindre à Pi un
camarade de jeu humain et quelques facéties graphiques qui en ajoutent à
l'originalité de cette série qui se démarque vraiment de la grande majorité
des séries dites humoristiques. LAIT
ENTIER T.1 |
Lorsque l’on se passionne pour
la BD, on est forcément tenté de découvrir fanzines et autres revues
d’amateurs éclairés et passionnés. De
la passion, c'est ce que propose
Marc de Roussan dans un zine de très belle qualité qu'il édite au Québec, Au
Pays des Bulles.. Entre la BD franco-belge, le marché local, la création
américaine et les mangas, Marc et ses invités se multiplient pour interviews,
humeurs et critiques dans un format de type comics à couverture quadri.
Un bulletin d'information de 32
pages (tout récemment passé à 48)intéressant et gratuit (c'est tellement
rare que c'est déjà une performance!) que l'on obtient via le net à l'adresse
suivante: deroussan@videotron.ca
![]() |
Humour noir et ambiances british dans le très select club Green
Manor que nous ont invité à visiter Vehlmann et Bodart. Dans ses ambiances
feutrées et enfumées, on s'encanaille à raconter quelques entourloupes et
autres crimes parfaits et inattendus. Sept meurtres sont ainsi contés, avec
beaucoup de finesse par un jeune scénariste assisté d'un Bodart au dessin fort
séduisant. Entre une tasse de thé et deux doigts de brandy, n'hésitez pas à
vous délecter de ce Gentlemen et assassins, aussi subtil qu'amusant.
Voilà une incontestable bonne découverte de la collection Humour libre.
(Dupuis GREEN
MANOR T.1 : Gentlemen et assassins |
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Chez Mosquito,
le noir et blanc est une seconde nature édifiée avec les oeuvres de Sergio
Toppi ou de Dino Battaglia, deux Italiens qui ont magnifié l’art de la mise
en page dans la bande dessinée. Le
Calumet de Pierre Rouge de Toppi vient le rappeler avec ce quatrième épisode
de sa série Le Collectionneur ( Le
Joyau Mongol, Le Sceptre de Muiredeagh et L’Obélisque Abyssin. La découverte peut
se poursuivre chez Mosquito avec Le dossier Kokombo et Ile Pacifique)où on
retrouve la constante recherche de l’étrange dans une culture narrative de
littérature d’aventure. Une aventure intense et étonnante avec des
personnages forts en gueule, sauvages et exotiques, merveilleusement enluminés
par des traits en si grand nombre qu’ils créent ombres, mouvements, décorums
et costumes magnifiques, atmosphères et senteurs. Un art que Toppi a poussé
encore plus dans Sharaz-De, un album qui réunit les dix contes des Mille
et une nuits que l’auteur réalisa sur commande pour la revue Linus. On y
retrouve bien sûr ce trait original, ces cascades de rayures, ratures, petits
motifs imbriqués en nombre, tramés utilisé pour rendre âme à ce noir et
blanc si personnel. On y redécouvre surtout cette utilisation assez unique de
l’espace défini par la page, ces grandes échappées loin des contraintes des
petits cadrages répétés uniformément. Toppi n’est pas homme à mettre en
cases, ici, il joue de tableaux, utilisant à plaisir ce texte oriental pour
nous réjouir de scènes remarquables, de visages splendides et d’animaux
merveilleux et démesurés. Du grand Toppi pour une véritable démonstration
d’un art formidable quand il est réalisé par un véritable artiste. Si ce
n’est fait, découvrez ce grand bonhomme du 9e Art encore trop méconnu
en France. Le second a adapté Stevenson, Lovecraft,
Maupassant, Poe, Melville, Hoffman et Rabelais et, comme Toppi, Dino Battaglia
illustre sa passion de littérature par des dessins véritablement mis en scène,
originalement adaptés à un espace qui ne doit jamais devenir carcan. A la fin
de sa vie, il crée les enquêtes de l’inspecteur
Coke, trois épisodes qui prennent place aux bords embrumées de la Tamise.
Place aux ambiances lourdes, aux meurtres étranges, aux peurs ressenties au milieu du fog, tout cela Battaglia le fait monter d’un
dessin fin, relativement classique et d’une science éprouvée de
l’utilisation de points, traits et rayures ! A retrouver dans La Momie et Les crimes de la
Tamise (plus Le monstre de la Tamise,
troisième épisode resté inachevé). Comme pour Toppi, Mosquito vient de
publier un ouvrage en grand format pour un grand moment de fantaisie puisqu’il
illustre François Rabelais dans Gargantua
et Pantagruel. L’éditeur a repris le travail réalisé pour l’Italie
par l’auteur, réajustant ses illustration avec les textes originaux légèrement
modernisés. Le résultat est à l’image de la gouaille et de la truculence
d’un homme qui aimait provoquer, critiquer et parodier. En tout cas un bon
moment à passer en compagnie d’une verve vraiment unique et d’un
illustrateur d’une grande finesse. EIFFEL |
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Avec Sclavi et Cossu, nous restons dans le
domaine italien pour rejoindre Dylan Dog
enquêteur agrégé en affaires fantastiques, ubuesques ou cauchemardesques.
Pour son retour en France sous l’égide des éditions Hors
Collection, il doit affronter Le jour
du jugement dernier. Le monde entier semble pris de folie, des morts se relèvent
pour réclamer leur jugement, des vivants se mettent à massacrer leurs proches,
l’armée américaine abat un ange, une jolie blondinette qui vole dans les
airs dès qu’elle tombe amoureuse fera connaître à notre héros la joie d’être
plus léger que l’air. Du délire à toutes les pages, tout cela à cause
d’un vieil ordinateur mal utilisé par un écrivain de science-fiction. Une BD
qui se veut populaire, divertissante, qui est fort honnêtement dessinée, sans
que pour autant on ait à crier au génie. Bref, un petit plaisir facile si vous
aimez le fantastique iconoclaste! DYLAN DOG T1 : Le jour du jugement
dernier |
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La collection Petits
Meurtres des éditions du Masque
joue aussi du N&B pour ambiancer ses polars pour durs à cuire. Le belge
Goffaux s’y colle avec Le théorème
d’Orion (après Le Détective), réunissant ses histoires inspirées de
Dashiell Hammett ou Jim Thomson publiées aux Etats-Unis (une dizaine
d’albums). Il conte les aventures de Jim Faccioni, imaginant un journaliste
qui enquête sur lui 20 ans après et fait ainsi le lien dans le puzzle qui réunit
chaque épisode. Un procédé qui reste un peu artificiel, met en scène des
aventures assez peu palpitantes et surtout peu surprenantes, mais permet de goûter
l’évolution de ce trait épais et puissant qui se complaît dans les recoins
les plus sombres.
Adaptant librement Mickey Spillane, Ptoma se
plonge dans le polar des années 50 pour un Nettoyage
par le vide. Le titre laisse imaginer un vieux compte à régler pour un
homme qui revient 5 ans après dans un bled corrompu où tout l’accusait du
meurtre du district attorney. Ce retour va carrément foutre une belle merde,
faire accélérer les pulsations cardiaques de quelques ripoux et truands, et
faire surgir des mémoires embrumées vérités et mensonges qui s’entremêlent.
Une drôle d’histoire où les mecs ont vraiment des sales gueules (Ptoma a un
peu abusé le trait) et les filles de sacrées courbes joliment prononcées. Une
bonne vilaine histoire dans un N&B qui a été s’inspirer du côté du Sin
City de Miller. Pour amateurs d’ambiances durs à cuire !
LE THEOREME D'ORION
GOFFAUX
Le Masque
NETTOYAGE PAR LE VIDE
SPILLANE & PTOMA
Le Masque
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Petite structure éditoriale toute récente,
les éditions Nucléa portent un grand intérêt aux mondes de l’Imaginaire.
Des histoires qui vont s’essaimer sur des planètes bien éloignées de notre
bonne vieille Terre,. Contées par de jeunes et, déjà, talentueux,
illustrateurs et scénaristes. Avec Aleph,
Jean-Luc Istin a choisi le thriller fantastique sur une planète, Foehn, en
cours d’oxigénéisation. La perte de 300 membres du vaisseau cathédrale
Luna, tous retrouvés morts, vidés de leurs fluides vitaux, corps abandonnés
aux colonnes vertébrales arrachées, vient jeter un grand trouble sur Aleph,
la seule ville de la planète. Quand la puissante Tenth-Korp ne voit que le vol
de son précieux gaz indispensable pour donner vie à Foehn, l’agent spécial
Besserman voit d’autres meurtres à l’identique envahir sa ville et
l’amener peu à peu vers l’incroyable vérité, celle de la future naissance
du Neuvième Dragon, celui qui vient
pour délivrer les ténèbres de la lumière. En deux tomes, Istin nous livre un
polar diabolique qui s’impose dans un décor façon Cinquième élément,
s’ouvre aux enquêtes à la X-Files pour finir par un explosif Retour des
Morts-vivants dans une rageuse bataille dans l’espace. Si j’ai nettement préféré
L’énigme du Luna (T1) au très Froidevalien Neuvième
Dragon (T2), cette première dessinée par Dim. D et mise en couleurs par Stéphane
Paitreau plaira sans conteste possible aux fans de thrillers speedés et
d’ambiances lourdes et gores. Le dessin de Dim
D. a tout de même besoin de s’affirmer et de s’affiner, beaucoup de cases
comportant des arrière-plans très flous, à peine ébauchés. Pour
l’instant, il fait partie de la grande tendance qui se dégage en Fantasy et
SF, beaucoup d’éditeurs semblant vouloir occuper un terrain actuellement
porteur en lançant très (trop) vite ses jeunes pousses.
Plus léger est Laona,
le premier tome de Toran, une série
déclinée par Isabelle Plongeon et Frédéric Peynet. Sur une planète à la végétation
luxuriante, Toran et Laona ont grandi ensemble, ne connaissant rien de leurs
origines. Il en est de même pour les trois enfants qu’ils élèvent, bébés
abandonnés devant leurs cases. Une nuit, Laona disparaît, ne laissant derrière
elle qu’une case dévastée et jonchée de traces de sang. Pour Toran,
il s’agit là d’un crime perpétré par ceux qui portent des ailes; aveuglé
par la haine, il part pour se venger. Un peu à l’image de Léo avec Aldébaran,
Isabelle Plongeon nous mène sur une planète aussi chatoyante que venimeuse, à
la découverte de personnages étonnants, parfois féeriques, souvent dangereux.
Elle crée faune et flore originale, nous guidant intelligemment dans une
intrigue au final très ouvert. L’histoire a tout de même besoin de s’étoffer,
en espérant qu’elle ne nous mène pas vers une reproduction de jeux du stade
à l’intention d’une société techniquement avancée. Comme pour Dim D.,
Peynet a bespoin d’affirmer un style, son dessin rond et agréable en premier
plan manquant encore d’âme et de précision dans les détails .
Troisième épopée dans le catalogue Nucléa
que L’exil pour l’ouverture
d’une autre série menée par Isabelle Plongeon ou Eloïms.
La scénariste nous rejoue le mythe d’Abel et de Caïn sur une planète
gentillette où l’un est fils d’Adam et d’Eve, et l’autre descendant
d’un Eloïm, autrement dit d’un Dieu. Adam n’aime pas ce fils si différent,
aussi lorsque ce dernier tue accidentellement Abel, c’est en entrant dans une
colère folle qu’il décide de bannir Caïn du village avec tous ceux de son
espèce. S’ouvre alors pour lui le temps des questions et celui, aussi, de découvrir
ses pouvoirs comme ceux de ses ennemis. Nous voilà entrés en une étrange
Fantasy qui joue là aussi de l’origine ignorée et ira se perdre au sein de
forces divines sans oublier bien sûr de croiser celles de personnages des plus
malsains, Caïn en faisant une première approche dans cet album. Variation
originale et fraîche au départ d’un mythe millénaire, plus conventionnelle
et moins inattendue dans sa deuxième partie, cet album se promène entre
l’esprit des mangas et celui des comics, Zerriouh dessinant d’ailleurs
remarquablement dans la veine des animes japonais. Je n’ai par contre pas apprécié
le découpage presque systématique et une mise en couleurs sombre, plaquée sur
fond noir qui viennent un peu éteindre la petite flamme qui s’échappait
d’un dessin parfois trop synthétique. Là aussi, l’histoire se doit d’éviter
l’écueil des redites manichéennes et des rapports de force caricaturaux sur
lequel le genre sombre très souvent ces derniers temps !
L’intérêt de l’entreprise de Nucléa
est de permettre à des jeunes auteurs d’aiguiser leurs talents, d’exporter
des instantanés d’imaginaire débridés, avec certes beaucoup de défauts que
le métier devrait corriger. Le but de l’éditeur est visiblement de
s’installer dans un créneau de BD dite de série B, à l’image de quelques
labels concurrents. Le dynamisme est là, il faut lui adjoindre un souci de
qualité et de progression autant narrative que graphique, déjà par exemple
sur les couvertures que je n’ai pas trouvé percutantes ni accrocheuses.
ALEPH T2 : Le neuvième Dragon
ISTIN, DIM.D, PAITREAU
Nucléa
TORAN T1 : Laona
PLONGEON, PEYNET
Nucléa
ELOÏMS T1 : L’exil
PLONGEON, ZERRIOUH, PINCHON
Nucléa
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Elles étaient quatre, quatre soeurs, quatre
archanges aux gueules d’amour bien rondes et au service de Dieu. Pourtant, un
jour, Gabrielle commence à tuer férocement hommes, femmes, enfants,
utilisant la dague sacrée qui élimine le corps comme l’âme. Raphaële se
doit de savoir ce qui arrive à son aînée. Elle découvrira que l’Eden a été
dévasté, lançant dans un abîme d’horreur des milliards d’âmes
hurlantes, d’anges et d’esprits divins. Depuis, Gabrielle
ne veut plus être archange, elle a décidé de se tourner vers le Diable et
commet méfaits sur méfaits pour qu’il l’accepte près de lui, en Enfer,
dernier lieu d’immortalité. Dans ce conte cruel, on passe par beaucoup de
sensations, Kara ayant créé un univers alternatif, mélange de plusieurs
cultures et époques de notre monde, d’architectures fantastiques et de
machines étonnantes. Au milieu de ces décors fascinants s’opposent les deux archanges aux allures de petites filles
fragiles, autre décalage volontaire qui vient s’ajouter à une mise en
couleurs qui joue en atmosphères obsédantes. On peut reprocher à l’album
une histoire linéaire, qu’on parcourt rapidement à l’image d’un type de
comic où le héros découvre, analyse et règle le problème sans autre forme
de procès, et un final qui manque
d’éléments de surprise. Par contre, le dessin est une franche réussite,
mixant de multiples influences qui ramène aux comics, mais aussi aux mangas et,
une fois de plus, à la magie du D.A. L’ensemble confère à l’album une
ambiance générale vraiment étonnante que la couverture ne rend
qu’imparfaitement. On peut parler ici d’une jolie surprise qui en comblera,
je l’espère, plus d’un.
GABRIELLE
KARA
Pointe Noire
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Dans Fondation
Aquablue. Noa est maintenant le riche président de la société Morgenstern
et a décidé de mettre à profit une partie de cette fortune pour créer la
Fondation Aquablue. Comme première
mission, il part avec son équipe sur Doyle-1800, une planète de type terrien
qui n’en est qu’au stade du dinosaure. Menacée à court terme
d’engloutissement par un puits de gravité, Noa cherche à sauver un maximum
de spécimens vivant sur Doyle. Près de son campement, d’autres richissimes
terriens vérifient leurs armes pour tirer le trophée du siècle! Vous le voyez
venir, cela va faire des étincelles! Pour cet épisode prévu en deux albums,
Cailleteau reprend la recette des débuts de la série, mettant aux prises notre
bel et vaillant héros respectueux de la vie avec de sombres crapules prêtes à
tout pour engendrer du profit. Cailleteau nous joue le plan de l’autochtone
imprévu au programme des festivités mais qui va montrer son mécontentement
devant cette invasion bruyante, agressive et assassine. Le tout est explosif,
cruel, naïf, surprenant, cynique, amusant et en CinémaScope. Du grand
spectacle magnifié par un Tota en pleine forme (le découpage est d’une
efficacité exemplaire) et de superbes couleurs de Sandrine Cailleteau. J’ai
franchement passé un bon moment avec ce nouvel opus d’Aquablue qui affiche un
métier certain et toujours beaucoup de fraîcheur. Ceux qui raffolent de ciné
à grand spectacle en feront de même ! AQUABLUE T8 : Fondation Aquablue |
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Dans le genre découverte de caillou habité,
Jack Vance est un ténor que Morvan et Li-An essaient d'adapter pour son plus
fameux cycle, celui de Tschaï. Une découverte
à poursuivre dans Le Chasch II où
Adam Reth fait connaissance avec les cruels Chaschs verts pendant
l’extermination de la caravane qui le mène en la ville de Pera. Cette dernière
courbe l’échine devant un tyran aussi cruel que les Chaschs bleus qui
dirigent depuis la cité de Dadiche. Pour retrouver son vaisseau spatial aux
mains des bleus, Reth va soulever la population de Pera, s’improviser chef de
révolution et mener tout ce beau monde au combat face aux invincibles Chaschs.
Voilà une seconde page du cycle de Tschaï
qui se déroule, plus intéressante que la première, même si la représentation
d’Adam Reth me plaît toujours aussi peu et si la magie des lectures de mes 15
ans risque de ne jamais être égalée. Morvan se trouve confronté au syndrome
du cinéaste qui n’arrive jamais à dépasser par son film les sensations éprouvées
lors de la lecture d’un grand roman. Reste un récit d’aventure mené avec
dynamisme et la description d’étranges sociétés où l’humain et
l’extraterrestre sont intimement liés. Je suis persuadé que le duo peut
encore mieux faire, surtout si Li-An renforce un style certes personnel, mais
manquant d’expressivité.
TSCHAÏ
T2 : Le Chasch II
VANCE, MORVAN
& LI-AN
Delcourt
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Je ne dois pas le nier, la Fantasy que je préfère,
c’est celle qui m’emmène en pays de Féerie, approchant lutins, gnomes,
ogres, licornes et autres personnages magiques. C’est justement en ces lieux
que nous mène Prugne pour retrouver Fol, vingt ans exactement après le terrible sortilège qui
s’abattît dessus, pétrifiant la presque totalité des habitants du petit
peuple. Il en reste quelques-uns à chercher à briser la malédiction, mais
petit à petit, ils périssent sous les crocs des loups où les dents de
l’ogre. Il suffirait pourtant de replacer la plume de l’écrivain magicien
en son lieu sacré pour que tout redevienne comme avant! Pour cela, les petits
êtres de Fol vont recevoir le
secours d’un soldat de plomb, tombé de la poche d’un certain monsieur
Cerise, mais se faire un ennemi de plus, un sinistre individu qui recherche le
secret de la pierre philosophale. Ce Temps
du Rübezahl montre que Prugne a une jolie connaissance des contes
d’enfance et une solide faculté à les détourner ou les exploiter pour nous
régaler d’une histoire qui rappelle qu’un conte peut aussi intégrer cruauté
et cynisme. Le dessin est fin, souvent charmeur, toujours cousin du style de
Loisel, même si cela me paraît moins flagrant que pour le premier tome.
L’auteur sait nous rendre ses personnages attachants, les fragilisant à
l’envie, jouant sur une grande palette d’émotions allant de la joie à
l’amour, de la peur à la terreur, du renoncement au courage... Grimm
ou Carroll se seraient certainement délectés de cette aventure, constatant que
leurs leçons ont porté leurs fruits !
FOL
T2 : Le temps du Rübezahl
PRUGNE
Vents d’Ouest
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Sur Physalia, les affaires de Nando et de son équipe de chercheurs ne s’arrangent pas, comme on pouvait s’y attendre, quelques autres beaux militaires passent de vie à trépas dans des conditions aussi tragiques que brutales. La rigidité militaire se met alors en branle et les rapports entre les deux « clans » deviennent de plus en plus électriques. Nando, de par ses compétences, est néanmoins convié à pénétrer dans l’épave du Diodon, équipée dont l’objectif lui reste caché. La rupture est proche, mais le psy de la station joue de soins particuliers pour que Nando reste le seul spécialiste apte à approcher l’objet du délit. Le container, second épisode des Aquanautes semble jusqu’au bout vouloir nous ménager ses effets, pourtant le dénouement semble approcher à petits pas et Parnotte et Mallié ne sont pas avares d’effets rebondissants. Ils construisent un beau thriller sous-marin à l’esthétique SF, mixant avec un bel équilibre les scènes à l’intérieur de la station et celles plus oppressantes autour et dans l’épave du Diodon. Mystère et suspense bien dosés, psychologie des personnages bien fouillée, une qualité graphique très au dessus de la moyenne... on peut dire que je suis convaincu d’avoir lu une des très bonnes BD d’aventure du mois d’avril ! LES
AQUANAUTES T2 : Le container |
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Mangas ou dessins animés japonais, telles sont les influences qui se dégagent de Sang noir, le premier récit vampirique de Nhieu pour Nocturnes Rouges. Sur Ethyl la fantastique, il n’est pas rare de croiser chevaliers, dragons et autres magiciens, mais aussi vampires au sang noir et, bien sûr, chasseurs de vampires. Ethan est l’un d’eux mais est atteint du syndrome du sang noir. Bientôt il sera l’un d’eux ! Aussi décide-t-il d’éloigner au plus vite ceux qu’il aime, dont sa fille May, courageuse gamine aux yeux ronds qu’il envoie près de son vieux compagnon d’arme, le bourru et cavaleur Granite. Pour eux d’eux, il faut vite trouver remède au mal noir, il faut pour cela retrouver et éliminer celui qui l’a infligé. Il se nomme Carlos et commande à des hordes infernales ! Beaucoup de bons et de très mauvais sentiments se confrontent pour cette première que Nhieu a rendu d’une grande légèreté, d’une agréable lisibilité, alternant les scènes douloureuses et violentes de beaucoup de fraîcheur et de juvénilité . Il a consommé de très nombreux dessins animés, de Disney à Myasaki, mettant en œuvre ses explorations sur pas mal de plans caricaturant l’aventure fantastique, la frénésie humoristique et l’expressivité des mangas. Voilà une BD de pur divertissement qui conviendra à tous âges et fera un tabac près des ados. NOCTURNE
ROUGES T1 : Sang noir |
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C’est vrai que l’animation japonaise a considérablement influencé les jeunes pousses de la BD. On en retrouve encore trace avec le succulent (et je pèse mes mots !) premier tome de La Mandiguerre imaginé par Morvan, dessiné par Tamiazzo et illuminé par Color Twins. Autre influence d’importance que celle des époques, à l’image du steam punk qui revisite l’époque victorienne, puisque Morvan nous imagine une guerre entre Terriens et des extraterrestres de formes insectoïdes (les Mandis), avec des engins extraordinaires et des armées qui fleurent bon le conflit 14-18. Au milieu de ce décor tout en anachronismes, Tillois, Dosno et Cousances rêvent de futurs exploits, dans l’armée ou derrière une caméra et se conduisent comme De vrais Boy-scouts. Ce qu’ils sont véritablement sur une planète trop tranquille à leur goût, Espoir de Byancoor. C’est pourtant là que va se jouer l’avenir de l’humanité, et ces trois inséparables amis seront aux premières loges. Dès le début, on se prend au jeu de cette aventure spatiale et guerrière, glissant aisément tout de même du péril mortel qui plane sur l’humanité pour tomber sous le charme d’un trio disparate de jeunes adultes qui naviguent entre leur énorme amitié, leurs aspirations à flirter avec l’interdit ou leur insouciance du danger et des sensations amoureuses qui s’étoffent depuis leur jeunesse partagée. Du bon, du très bon Morvan, véritable Jules Verne des temps modernes, associé à un dessinateur carrément original qui donne une pêche formidable à ce D.A, pardon à cette BD au souffle réjouissant. Une inspiration qui va tout emporter sur son passage.
LA
MANDIGUERRE T1 : De vrais boy-scouts
MORVAN , TAMIAZZO, COLOR TWINS
Delcourt, EIFFEL
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Encore du plaisir dans La ville jaune, la première intrusion dans l’univers science-fictif imaginé par Barbucci et Canepa, Sky.Doll. Sur la planète Papathéa, la folie mystique gère la vie de tout un chacun autour des shows hyper médiatisés de la papesse Ludovique. Dans cette vie construite autour d’un fatras de symbolismes religieux, les poupées synthétiques évitent aux humains de s’avilir dans de véritables plaisirs de chair. Au Heaven Spaceship Wash, l’astrolavage où Sky-Doll doit jouer son rôle d’aimant à pulsions sexuelles, cette dernière est assaillie de questions sur son existence. Un accident lui procure l’occasion de fuir Papathéa, avec sa clef qu’elle a piqué au big boss, son Dieu ! Peu de temps après, l’info est relayée sur toutes les ondes, Dieu a été assassiné dans son bureau ! Dans un graphisme qui rappelle Cadello, voilà une jolie histoire qui démarre, emplie de petites boîtes à secrets et parsemée de petites sucreries qui s’essaiment dans le sillage de Sky.Doll. Entre violences d’une société high-tech décadente, secrets d’alcôves et pouvoir religieux hystérique, Barbuci et Canepa nous entraînent vers l’émotion d’une rencontre fragile, celle d’un humain au cœur tendre et d’une poupée gracile, secrète et en mal d’émancipation. Après le très beau Fées et tendres automates de Beatrice Tillier, voici une seconde version moderne de l’homme amoureux de la machine à fantasmes ! Un cocktail très agréable mêlant l’esprit des mangas et du cartoon. Tombez sous le charme des grands yeux expressifs et du nez en retroussette d’une bien jolie poupée.
SKY DOLL T1 :
La ville jaune
BARBUCCI & CANEPA
Soleil, EIFFEL
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Les secrets de la Bretagne, terre de légendes et de nature, inspirent Convard qui nous convie aux noces de Tryphina et de Rogon, l’homme-loup. Une union jugée contre nature par l’église et le roi Clotaire, qui de son côté cherche tout prétexte pour se faire des alliés pour annexer cette terre d’Armorique qu’il convoite. Dans cette forêt où Merlin dort d’un sommeil éternel, des chrétiens vont à la découverte des rites du petit peuple à qui ils doivent d’être encore en vie. Cela suffira pour monter expédition contre eux, mais Rogon et sa forêt ont plus d’une recette magique pour repousser l’envahisseur. Den Bleiz poursuit en Brocéliande les aventures de Rogon le Leu (4 albums), sur un scénario que je juge toujours un peu mince, Convard avançant à tout petits pas dans cet univers de la Bretagne mystérieuse qui réserve tant d’étonnements. Il semble avoir voulu profiter de l’endroit, propice aux émois et frayeurs les plus intenses, à l’appel de la magie et de l’émerveillement, se perdant dans les brumes profondes de la forêt pour entraîner la soldatesque dans des marécages insondables. On jouit ici d’ambiances, de senteurs, de sueur âpre inondant les masques de visages terrifiés, superbement rendues par le dessin et la mise en couleurs directe splendides de Chabert. Assez peu d’action ou de réelle surprise, mais un rendu graphique magnifique qui situe parfaitement cet album dans l’esprit de cette collection Terres de Légendes.
ROGON LE
LEU T4 : Den Bleiz
CONVARD &
CHABERT
Delcourt, EIFFEL
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C’est en 1997 que Bernard Hislaire ouvre, sous le nom d’Yslaire, le site web Mémoires du XXe siècle, avec la psychanaliste Laurence Erlich. Quelques mois plus tard sort le premier album du même nom chez Delcourt, un ange passe semant par e-mails des images et photos retouchées évoquant le XXe siècle. Signés @nonymous et envoyés à Eva Stern, une vieille psychanaliste de 99 ans qui a connu Freud, Staline ou Ghandi. De cette aventure étrange, à la construction BD particulière afin d’être en phase avec le site, restera alors dans l’ombre jusqu’en janvier 2000 où les Humanoïdes Associés relancent cette étonnante expérience. Yslaire reprend et modifie le premier tome sous le titre de Mémoires 98. Avec Mémoires 99, le sang et les larmes des hommes continuent d’affluer par l’intermédiaire d’un ange mourant ou virtuel. Yslaire nous livre ses images, les accompagnant d’un CD-Rom qui raconte la vie du premier site (sa fin était annoncée pour le 31/12/99) avec l’essentiel de ses rubriques et des interventions des internautes livrant leur propre vision du XXe ciel. Cette œuvre véritablement originale se perpétuera via la BD, mais grâce avant tout au nouveau site créé par Yslaire, nommé xxeciel.com.
A vos mails et attention au bug !
XXe
ciel.com T2 : mémoires 99
YSLAIRE
Humanoïdes Associés, EIFFEL
26 mai 2001
Tout
commence avec la découverte d'un cadavre en décomposition au beau milieu d'un
terrain vague, un cadavre posé là à même le sol depuis au moins un mois, un
mois pendant lequel personne ne l'a vu.
Tandis qu'une enquête commence et que tout le quartier se met à parler de
cette histoire, chacun se demandant comment et pourquoi une telle chose a pu se
produire chez eux, le récit entame une exploration en règle des habitants du
quartier et de ses allentours. On y rencontre des jeunes, des vieux, quelques
personnages haut en couleurs, des familles éclatées et des amitiés tronquées,
des petits bandits, ainsi qu'un loubard en guise de fil rouge, un certain Al.
Tout ce petit monde se croise, s'ignore ou s'incruste, jusqu'à-ce que le mystère
du cadavre du terrain vague ne remonte à vitesse grand v et provoque quelques révélations
pour le moins dangereuses.
A l'instar d'un Baru, Berlion possède toute sa banlieue sur le bout des doigts,
ce qui lui permet de jouer avec ses personnages avec un sens de la justesse
jamais pris en défaut, osant basculer dans le polar de banlieue, un genre pour
le moins délicat, vu souvent le manque d'intérêt des protagonistes et de
l'histoire centrale. Axant son récit sur des ambiances très sombres, jouant
avec un temps pourri superbement rehaussé par des couleurs à l'aquarelle) pour
rendre Lyon et ses allentours encore plus oppressants, il réussit un superbe
premier épisode qui garde suffisament de mystères pour que l'on attende le
suivant avec impatience.
HISTOIRES
D'EN VILLE T.1 : Rochecardon
BERLION
collection Grafica, Glénat,
F.S.
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Quelque
part au fin fond de l'Idaho, Betsy Mahorn, actrice de films d'horreur
calamiteux, rentre chez elles à bord de sa voiture en empruntant une étroite
route de montagnes. Une spectaculaire sortie de piste la plongeant dans
l'inconscience, la jeune femme se réveille dans un lit qui n'est pas le sien,
se retrouvant malgré elle invitée temporaire de la petite ville de Creeper
Creek, du moins, le croit-elle. D'entrée, l'ambiance est lourde, très lourde,
et Betsy complètement perdue.
Tout pourrait s'arrêter là, mais en fait tout commence à peine, et le pire
est à venir. Tout d'abord, le conducteur du camion qui l'a fait sortir de la
route a disparu en laissant une partie de son sang sur place, ensuite… hé
bien, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Betsy retrouve son cadavre pendu
devant la porte de ses hôtes, sa tête recouverte d'une superbe citrouille.
Alors que la fête d'Halloween s'apprête à pointer le bout de son nez, Creeper
Creek, sorte de no man's land américain, n'a jamais paru aussi animé.
Etrangement, l'arrivée de cette belle inconnue rappelle bien des souvenirs à
quelques-uns de ses habitants, qui pourtant ne la connaissent pas. Un terrible
secret oublié depuis des années commence à resurgir. De son côté, Le plus
tout jeune shérif est sur les dents, il doit mener une enquête qui le dépasse
complètement, tandis que son maladroit adjoint tombe amoureux de sa principale
suspecte. A ce stade de la lecture, il est impressionnant de constater à quel
point tous les personnages secondaires bénéficient d'un traitement particulièrement
profond, ce qui aide vraiment à rentrer dans l'histoire.
Pendant que l'enquête patauge dans l'alcool et que de nouveaux meurtres
viennent s'ajouter à la liste, Betsy, prisonnière de ce trou perdu, fait la
connaissance de quelques locaux, un clochard visionnaire et son chien, un jeune
patron de cinéma qui l'adule, ainsi qu'un garagiste qui tente d'abuser d'elle
en échange de la réparation rapide de sa voiture. Une belle collection de paumés
qui va terminer de faire céder son esprit fragilisé par un passé des plus
douloureux.
Grandiose reconstitution de ces petites villes du cinéma américain où tout le
monde connaît tout le monde et partage nombres de secrets inavouables, Comptine
d'Halloween, fait immanquablement penser au film culte de John Carpenter, ainsi
qu'au Twin Peaks de David Lynch, et même au premier Rambo pour l'ambiance
locale. Servit par un graphisme clair qui rappelle Gary Frank (Kin, Hulk, Gen
13), ce premier tome vous scotche du début à la fin. Ne vous laissez pas décourager
par la couverture complètement ratée, Comptine d'Halloween est un pur thriller
et certainement un futur classique.
COMPTINE
D'HALOWEEN
T.1 : Réminiscences
CALLEDE, DENYS & HUBERT
collection Sang
Froid, Delcourt,
F.S.
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On
ne vous avait pas présenter les 3 tomes d'Elsa lors de leur parution. On a eu
tort et l'intégrale qui vient de sortir (agrémentée d'un cahier supplémentaire
de croquis, d'aquarelles et d'illustrations qui va forcément faire rager, et on
les comprends, les acheteurs des trois tomes séparés) va y remédier.
L'originalité de cette BD, c'est qu'elle est entrecoupée de peinture qui sont
du à la petite Elsa, l'héroïne surdouée de ce bouquin . Cela nous offre
l'opportunité de découvrir, à nous, les talents de peintre de Faure, qui a
bien dû s'éclater a réaliser ces peintures un rien chatoyantes et parfois
abstraites, mais toutes aussi belles les unes que les autres. On aimerait bien découvrir
une œuvre de sa part complètement réalisée en peinture (comme le font si
bien certains américains, des Jon J. Muth, Dave McKean et Kent Williams en tête)
comme nous donne envie la vision de la fin de planche 28, la planche 29 et le début
de la planche 30 du premier volume (outre les illustrations pleines pages). Mais
on a pas apprécié uniquement que les talents d'illustrateurs chez Faure, mais
également sa dextérité au dessin. Un graphisme qui n'est pas sans nous
rappeler occasionnellement celui de Gillon avec un petit air rétro, façon année
70/80.
Mais la réussite d'Elsa n'est pas uniquement dû au dessin de Faure, mais également
à celui de Mayko, qui a su nous raconter une histoire qui tient bien la route,
estampé de sensibilité, surtout dans le premier tome principalement axé
autour d'Elsa. Mayko est un spécialiste des récits intimistes qui touche notre
émotivité, on a encore tous en mémoire Cœur en Island et Grimon gant de
cuir, malheureusement cela se gâtera un peu avec le troisième volume qui
tournera au vaudeville un rien scabreux et où on y retrouve plus du tout la poésie
et la sensibilité du premier. On soulignera la principale force de Mayko :
savoir bien camper et remarquablement définir ses personnages.
A lire pour ceux qui souhaite tomber sous le charme d'une petite fille et
amoureux de l'art de Modigliani… et aussi pour les amateurs de bonnes bandes
dessinées.
ELSA
: Intégrale
MAKYO & FAURE
collection Caractère,
Glénat,
W.E.
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Don
et Chuby, deux gamins dans une ville de Province de l'Amérique des années 70,
les meilleurs amis du monde, malgré leurs différences, des différences
insurmontables pour certains, mais pas pour eux.
Don est une sorte de casse-cou, une tête brûlée qui n'hésite pas à attacher
le pare-chocs d'une voiture de police à une bouche d'incendie pour la voir
exploser et arroser la rue. Chuby est tout le contraire de Don, lâche,
pleurnichard et obèse, il n'égale son ami que grâce à son imagination, ses rêves
d'aventures et de voyages auxquels s'accroche Don, bien décidé à les réaliser
en sa compagnie.
Les années passent, mais l'amitié des deux gamins, désormais adolescents, ne
fléchit pas, tout comme leurs différences, sans cesse contournées par leur
amitié. Chuby encore puceau, Don lui arrange le cou avec une femme marié,
tandis que son mari assiste en voyeur à la scène. Cela dure quelques temps
avant que la situation ne devienne l'excuse à un acte désespéré, l'occasion
rêvée pour quitter cette ville de province pourrie. Mais une fois le rêve de
liberté devenu réalité, est-ce que l'amitié de deux garçons pourra y
survivre ?
Splendide fable sur l'adolescence, tantôt exécutée à l'aquarelle, tantôt au
pastel par un David Sala en pleine possession de son art et de sa mise en
pages, Replay, démontre surtout d'un amour immodéré pour la culture américaine
(Ah, le premier Star Wars au cinéma en 77…), comme en attestent de nombreux
clins d'œils aux comic books (posters de Iron Man et du Silver Surfer au mur,
un comic des X-men sur une table).
Jorge Zentner, le scénariste en rajoute encore une couche avec ses deux
personnages principaux, car le diable m'emporte si Don n'est pas le sosie du
jeune Torpedo de Bernet et Abuli et Chuby la copie conforme d'un certain Fogy
Nelson, meilleur ami d'un avocat aveugle qui aime à se vêtir d'un collant
rouge pour aller jouer à l'acrobate sur les toits du quartier de Hell's Kitchen
à New York. Les amateurs apprécieront, les autres se contenteront de ce bout
d'Amérique sublime, quelque part entre les univers de Will Eisner, Mattotti
et Teddy Kristiansen.
REPLAY
T.1 : Le début et la fin
SALA & ZENTNER
Casterman, W.E.
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Onze
ans que j'attendais cet album, onze ans que j'attendais une suite à LA Nuit du
Chat, véritable chef d'œuvre crépusculaire
qui faisait rentrer de pleins pieds Brousaille dans la légende de la bande
dessinée. L'adolescent que j'étais à l'époque était plus jeune que ce
rouquin aux lunettes rondes. Aujourd'hui, l'adulte que je suis (en apparence du
moins) est plus âgé que le héros de Frank et Bom , et pourtant rien n'a
vraiment changé.
Constitué de deux histoires indépendantes (Le Discret Pouvoir de Jizô,
aventure japonaise publiée en 1993 dans le journal de Spirou et Sandrine des
Collines, périple africain inédit), le bien nommé Sous Deux Soleils marque
plus une reprise de contact toute en douceur que de véritables retrouvailles
avec Brousaille. En effet, de l'évolution graphique et narrative de La Nuit du
Chat, il n'est ici plus question. En fait, on se croirait tout simplement de
retour à l'époque de l'album Les Sculpteurs de Lumière, tant pour le côté
bucolique et touristique du décor que pour la naïveté touchante du
personnage.
Heureusement, quelques grands moments de bande dessinée viennent nous rappeler
pourquoi Broussaille n'est pas tout à fait une série comme les autres. Dans la
première histoire, séparés malgré eux à leur arrivée au Japon (un voyage
gagné grâce à un concours pour une pâtée pour chats), Brousaille et
Catherine se cherchent sans se trouver, découvrant chacun de son côté des
bouts de la culture nippone, avant de se retrouver à la fin par hasard.
Classique, direz-vous ? Oui, sauf quand Les Baleine Publiques se rappellent à
notre bon souvenir via une visite de Cath à l'aquarium d'Osaka, ou encore quand
Brou, en pleine visite d'un temple, est victime d'une hallucination qui lui fait
remplacer les têtes des mille et une statues de la Déesse Kannon Bosatsu par
celle de sa dulcinée. Et comment
ne pas être pétrifié par l'impressionnante vision de ce crocodile géant qui
sort de l'eau devant Brousaille et la petite Sandrine comme dans un rêve et qui
vient se poster derrière eux ? Durant ces quelques moments, Frank et Bom
deviennent des magiciens et Brousaille un pur joyau.
Evidemment, et on le sait, Brousaille a souffert de l'ombre de Zoo, œuvre
sublime et au combien personnelle de l'univers de Frank, c'est pourquoi on ne
jugera pas ce retour sur la pointe des pieds pour sa valeur artistique mais bien
pour sa valeur sentimentale, en attendant un véritable nouvel album à la
hauteur de La Nuit du Chat, miracle au combien chérit par des milliers de fans,
dont votre serviteur, pour toujours scotché à cet album considéré comme son
préféré, loin devant tous les autres.
BROUSAILLE
T.4 : Sous deux soleils
FRANK PE
Collection Repérages, Dupuis, F.S.